Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /Oct /2009 18:46

 

HOMMAGE aux Poilus

Titre : Texte écrit et lu par André Bailly

 

   
La mobilisation à Carticasi.

1er  Août 1914.

 

            Nous sommes en 1910, Carticasi compte 420 habitants, tous cultivateurs ou éleveurs de chèvres. Ils pratiquent la transhumance vers la haute montagne ou vers la plaine d’Aléria et plus précisément Frassiccia.


 

               Se trouvent installées dans ce dernier lieu, les familles TERRAMORSI, ORSINI et RENUCCI, toutes originaires de « Carticasi » village de l'intérieur situé à 1000 m d’altitude. Il faut alors 3 heures à pieds, par les sentiers de montagne, pour rejoindre la plaine au village.

            Parmi ces familles, mon grand père RENUCCI Bonaventure et TERRAMORSI Faustine son épouse.
            Ils cultivent les cédrats, du blé et élèvent des chèvres. A la montagne, ils possèdent quelques Châtaigniers au lieu dit « a columbella » situé sur la route de Cambia après le pont du fiumicellu.

 

La famille Renucci compte six enfants :    Marie âgée de 16 ans ,

       Lucie âgée de 13 ans ,

      Jeanne âgée de 11 ans,

       Xavière âgée de 9 ans,

      Dominique le seul garçon âgée de 6 ans

      et Charlotte âgée de 3 ans, ma maman.


          Une des trés rares photos de famille de cette époque est un lundi de Pâques, photo prise sur le devant des voutes de "Ponticchiu". Derrière, les collines des "lunaria".


La famille Terramorsi installée sur la plaine:
2ème Rang:
            
Terramorsi Faustine, ma grand mère, épouse Renucci Bonaventure, enceinte de domique
     
Terramorsi Julie Marie, soeur de Faustine, épouse de Bariani Jean Pasquin
    
Terramorsi Félicité, nièce de Faustine, et deviendra par mariage Serpentini
    
Bariani Ange François, neveu de Faustine
    
Bariani Pierre xavier, neveu de Faustine
    
Bariani Benoit, neveu de Faustine
     I
nconnu
    
Terramorsi Pascal, fils de maria antonia, neveu de Faustine MPF le 06/07/1916
     Sbragia Sauveur, gendre de maria antonia, beau frère de Terramorsi Pascal
     Renucci Bonaventure, mon grand père, MPF le 20/01/1915
     Bariani Jean Pasquin, époux de Julie Marie, beau frère de Faustine

1er Rang:
    Renucci Marie, fille de Faustine et Bonaventure
    Renucci Jeanne, fille de Faustine et Bonaventure
    Renucci Lucie, fille de Faustine et Bonaventure
    Bariani Marie Dominique, nièce de Faustine
    Renucci xavière, fille de Faustine et Bonaventure
   
Bariani vincent, neveu de Faustine
    Sbragia Raoul,fils de sauveur Sbragia et Apolonie Terramorsi, nièce de Faustine

 

         Cet été là, la famille avait rejoint Carticasi pour y trouver la fraîcheur du village de montagne. Etaient restées sur la plaine les trois plus grandes filles qui devaient s’occuper des bêtes et de la propriété. Seuls, Xavière, Dominique et Charlotte étaient montés au village avec Faustine et Bonaventure.

 

Dans ce petit village très retiré, au fond du Vallerustia, personne n’a connaissance des actualités nationales et du drame qui se joue sur l’échiquier politique international.

Nous sommes le 1er Août 1914 :


       " Absorbé par le labeur d’une coupe de bois à la Hache, Bonaventure RENUCCI n’aperçu TERRAMORSI Giacumu Francesco, le facteur, que lorsque celui-ci tendit d’un air sombre la petite lettre bleue à l’entête Ministère de la Guerre scellant ainsi son destin.

 

Elle contenait sa feuille de route portant affectation au 7ème Bataillon du 373ème régiment d’infanterie à Bonifacio.

 

Bonaventure replia posément le document et croisant le regard ému du postier, s’en alla,  à pas lent, vers le Casonne, la maison familiale.

 

Assise prés de la cheminée, Faustine avec sa cueillere de bois, touillait machinalement un ragoût d’haricot qui cuisant dans la marmite.

           En entendant grincer la porte, elle se tourna et lu immédiatement sur le visage de son époux, ce qui l’allait lui annoncer.

 
           Lentement Faustine se dirigea vers la pièce attenante, sommairement meublée, au sol de terre battue, servant de salle à manger pour une famille qui comptait six enfants.

 

Elle emprunta alors l’escalier du couloir, qui menait à sa chambre du 1er étage afin d’effectuer le sinistre rituel du bouclage d’une vieille valise de cuir bouilli usée et male jointe.Une sorte de vertige s’empara de Faustine.

 

       Elle vacilla un instant se reprenant aussitôt, elle se devait d’être forte et de donner l’exemple.

 

Après avoir rangé dans le bagage tricots et chaussettes de laine, ainsi qu’un petit pain béni de San Antone, elle revint dans la cuisine où Bonaventure se tenait près de l’âtre .

 

Tuttu é pruntu dit ma grand-mère.

 

Elle souleva le couvercle de la marmite pour le relâcher aussitôt et éteindre son mari en pleurant sourdement.


        "
Babbo"  serra son épouse dans ses bras, se rendant compte en cet instant, combien ce moment de courage, de dévouement, d’altruisme était avant tout amour et affection infinie pour ses enfants, sa famille, les siens.

 

Zia Faustina se détourna insensiblement et raviva le feu tandis que Bonaventure défroissait la lettre bleue qu’il tenait chiffonnée en son poing.

 
          Les délais de route accordés, l’obligeait à prendre dès le lendemain matin l’autocar brinquebalant et poussif assurant chaque jour la liaison entre San-Lorenzo et Bastia.

 

          La soirée fût triste et morne. Faustine perdue dans une rêverie les ramenant à une époque heureuse de la paix, quand les ruelles de Carticasi résonnaient des jeux d’enfants et qu’à l’aghia, des dizaines de voix masculines chantaient «  a Triberia » en battant le blé.

                          "Modestes traces présentes dans toute l'île de l'ancienne activité postorale, les "ajdas" (ou aires à blé) n'en entretiennent pas moins un lien essentiel et quasi-magique ovec les éléments naturels. Toujours situées en des lieux ventés, elles établissent ossez sûrement la "carte des cou­rants d'air" des terres cultivées. En effet, utilisées une fois par an, lors des moissons (le "granu : le blé, l'"orzu" : l'orge, I" avena" : l'avoine), les adjas permettent à la communauté de battre le grain, puis de le séparer de sa balle grâce à l'action du vent ("ava treghie") que l'on attend parfois quelques jours. Comme beaucoup de gestes agricoles, cette tâche si simple est devenue pour les villageois un véritable rite. Guidés par un bouvier, une paire de bœufs tourne autour d'un axe central, entraînant une grosse pierre arrondie (le "tri-biu") qui écrase les gerbes, au milieu des cris des enfants exci­tés qui, grimpés sur des ânes, sui­vent le lent mouvement de la "triberia". On jette ensuite les grains en l'air â l'aide de pelles ("spula") afin que le vent emporte la balle : c'est la "spu-lera". Toujours de forme ronde, et mesurant de 8 à 10 m de dia­mètre, l'adja est très souvent déli­mitée au sol par un cercle de pierres, quand un muret circulaire ne la rehausse pas. Pour qui s'aventure un peu dans le maquis, les adjas ne manqueront pas d'apparaître clairement car leur surface, piétinée d'innom­brables fois au cours des siècles, ressemble à une minuscule clairière au milieu du maquis. Les racines, pourtant coriaces des genêts et autres arbousiers ne parviennent pas à franchir le cercle de pierres. Seules quelques asphodèles aux fleurs blanches, ces "plantes des morts", s'y aventurent. Certaines adjas, appar­tenant à lo communauté, s'ajou­tent ou grand nombre des adjas familiales, perchées parfois sur de minuscules cols, semblant encore attendre la brise".

 

                   Arrivé à la caserne Saint Joseph de Bastia, Bonaventure , incorporé au 373 ème RI, reçoit son paquetage, revêt ses vêtements militaires, et accroche ses galons de caporal, grade qu’il avait eu lors de son service regulier effectué en 1892, au sein du 163ème RI de Nice, dont un bataillon était à l’époque stationné en Corse.

          Dans la foule de réservistes venus de toute la Corse pour former le 373ème Régiment  d’Infanterie, régiment de réserve du 173ème RI, Renucci retrouva des garçons familiers.

                             
    


             Alexandre dit "Fancculettu" Calzarelli, avec qui il avait souvent partagé des soirées au village de Carticasi, Il sera affecté au front comme brancardiers.







 Sabiani François,grand père de colette Sabiani,







            Titinu Bariani, époux de Virginie Bonavita, fille de marie Terramorsi et nièce de Faustine Renucci
 


           Compte tenu de son grade, il n’effectua pas de période d’instruction rudimentaires à base de commandements, manœuvres en colonnes, exercices de progressions par bond, simulacres d’attaques baïonnette aux  canons terminés par de pointilleuses revues de détails aux ordres gutturaux de sergents revêches.

 

                Agé de 42 ans, Père de six enfants âgés de 16 à 3ans, il pensait que son ordre de mobilisation allait prendre fin dans les premiers jours.

 

               L’ensemble des mobilisés ne se doutaient pas de l’enfer que l’on leur préparé.

 

              A cette période, la famille Renucci avait loué une petite chambre dans la rue--------, située derrière la caserne MARBEUF. Cette chambre de bonne servait de logis à Marie et Lucie durant l’année scolaire.----------------------------------------------

 

 

              Un matin cependant, une agitation inhabituelle anima la cour, dans le ballet incessant des officiers flanqués de leurs ordonnances.

Un capitaine dont la panoplie de médailles en disait long sur sa carrière, vint annoncer que le régiment partait rejoindre le front.

"La nouvelle de la mobilisation n´arrive officiellement en Corse que le deux août.

 Le départ vers les différentes places d´armes se fait dans la précipitation. A la différence du continent, tous les Corses de dix sept à quarante six ans sont mobilisables.

 La Corse est aussitôt sur la défensive : mise en place de troupes territoriales pour protéger les sites stratégiques.

 L´île n´étant pas directement attaquée, l´inactivité entraîne de nombreux problèmes.".






Pour Bonaventure, ce fût un déchirement de quitter sa femme, ses six enfants, la propriété ou les moissons n’étaient encore pas faîte------------------

 

La traversée s’effectua sur un bateau civil, le CORTE II.




 

Puis à Marseille, ce fût l’embarquement immédiat dans des camions en direction de la gare St Charles. Des trains de wagons à bestiaux, ou de voitures à banquettes de bois attendaient.

 

De brèves haltes dans des gares froides aux quais déserts des villes éteintes, anonymes, assouplissaient à peine l’inconfortable promiscuité d’un jour et une nuit de chemin de fer.

 

Au terme du deuxième jour, Bonaventure fut réveillé en sursaut par un grondement qu’il attribua au tonnerre d’un orage d’été, mais se penchant à la portière, il vit l’horizon rougeoyer.

 

Le soldat en face de lui était Titinu  Bariani son parent avec qui il faisait part de son désarroi face à la situation dans laquelle la mobilisation les avait mis. Ils comprirent très vite qu’ils étaient arrivé en zone de combat.

 

 

 

Le 20 août, vers dix heures, recevant l’ordre de progresser en territoire devenu allemand, depuis la défaite de 1870,le régiment quitte Dhieuse où il avait fait son entrée la veille en direction de Morhanges.

 

 

Les pieds meurtris enveloppés dans des feuilles de journaux pour les plus chanceux  ou dans des carrés de toile, les fantassins marchent malgré tout confiants. Ils ignorent que leurs équipements archaïques, obsolètes dans le modernisme de ce conflit ont trahi leur présence.

 

Le casque lourd et la tenue bleue Horizon n’entrerons en dotation qu’à l’été 1915 .

 

En terrain découvert, les gamelles de métal juchées sur leurs havresacs dits « as de carreau » sont autant de points brillants au soleil.

 

Non loin de Morhange, armé de simples fusils, en casquette et pantalon rouge, le 173ème et le 373ème  essuie des tirs de dizaines de mitrailleuses associées à des pièces d’artillerie soigneusement camouflées.

 

 

Aux cotés des Corses, les troupes méridionales des 40ème de Nîmes, 58ème d’Avignon, 111ème d’Antibes, 112ème de Toulon, 141ème de Marseille, composant ainsi le 15ème Corps d’Armée.

 

Le 26 août, les allemands sont chassés de Damelivières et de Mont sur Meurthe que les Corses enlèvent à la baïonnette. Poursuivant leur attaque, ils dépassent la rivière « La Mortagne » (rivière qui passe à Rambervillers) .

 

Le village de Rehainviller est repris le 29 août puis ceux de Maison-Blanche et de Caufontaine. Le 4 septembre le 173 ème est mis au repos. 1011 hommes manquent à l’appel.le 373ème est en position arrière de ce régiment.

 

Le lendemain, un transfert en train conduit le régiment dans la gare, saturée de troupes, de Ligny en Barois.

 

Du 9 septembre au 23 novembre, le régiment combat pour la conquête de Mogneville, du bois du faux miroir, de Revigny.

 

Les marches forcées alternent avec les charges. Autant de sauts de puces de cinquante mètres en vingt secondes, temps prescrit par le règlement. A chaque saut, le capitaine Bois leur crié : aïo zitellu ! (allez les enfants)

 

Au devant des mitrailleuses dont le bruit de crécelle domine les notes aiguës du clairon, les hommes courent : Feux de salves, courses en avant, face contre terre, rechargement des armes, feux de salves.

Les fantassins aux trait noircis, creusés, crispé, aux regard hallucinés de fatigue, ployant sous le poids accablant de sacs couronnés de fagots avancent d’un pas traînant somnambules résolus.

A chaque arrêt, ils se couchent à même le sol pour dormir trois heures au maximum.

Le temps lourd fait alterner averses et brumes glacées. La pluie éteint toutes velléités de feux.

A partir de Brabant le roi réinvesti, le 373ème part pour Esne, en permanence bombardé, puis pour Haucourt. Ce village sera la base de départ des prises de Cuizy, de Malencourt, de la côte 281, de Bethincourt, du pont des quatre Enfants.

 

Partout les éléments allemands de la IV ème armée du Kronprinz de Bavière sont refoulés en de nouveaux épisodes sanglants.


 

Le 19 Octobre 1914

 

Très chère fille,

 

J’ai reçu ta lettre avec les cartes postales, toutes attendues avec impatience.

Hier 18 octobre j’ai reçu ta carte postale datée du 30 septembre dernier à laquelle je fais prompte réponse car je suis de garde et j’ai dans ce cas un peu de temps.

J’attends d’un jour à l’autre un mandat télégraphique que j’ai demandé dans ma lettre précédente, j’ai besoin d’argent surtout pour m’acheter du linge d’hiver.

Dans le cas que ta mère ne l’ai pas envoyé, je te prie de me l’envoyer aussitôt que tu recevras cette lettre, je te charge de cela, en admettant que ta mère doit être sans doute à la plage à Aléria pour faire la récolte des cédrats.

Tu me donneras tous les détails au sujet de la récolte des cédrats et particulièrement du prix.

Occupez-vous sérieusement de vous faire ensemencer du blé si vous le pouvez car l’année prochaine le blé sera excessivement cher ou rare, si la guerre dure encore quelques mois surtout on augmentera forcément  les prix à toutes les denrées aussi bien les châtaignes.

Ne gaspillez rien, il faut le sou aussi bien que le franc.

Au régiment on en gaspille bien que l’on ai pas de reste mais souvent on en reprend, surtout en temps de guerre.

Enfin nous ne devons pourtant pas nous plaindre car nous mangeons assez bien mais nous cochons très mal.

Je ne te cache pas qu’il fait très froid à présent et c’est pour cela qu’il me tarde de recevoir de l’argent pour m’habiller plus chaud.

Néanmoins ma santé est bonne et je vous souhaite une meilleure, embrasse pour moi ton frère et tes sœurs ainsi que ta mère, et un bonjour à tous les parents.

Ton père qui t’aime

 

B.RENUCCI

 

(Suite)

 

M. B. RENUCCI Caporal au 373ème Régiment, 7ème Bataillon, 26ème Compagnie

Bureau Central militaire des postes à Marseille pour faire suivre en campagne.

P.J Bariani Tittinu n’est plus à ma compagnie depuis les premiers jours d’octobre, Calzarelli Alexandre ainsi que Sabbiani Pcon sont en bonne santé, je les vois assez souvent.

 

Lorsque tu me répondras fais toi faire ta lettre de façon que je puisse comprendre ce qu’elle contient, je t’embrasse une fois de plus

 

Ton père Renucci

Lettre adressée à sa fille Lucie ou Marie  ?

 

 

 

Novembre 1914 annonce un hiver glacial.

                                                       

Dans le secteur compris entre le bois de Ranzières et du bois des chevaliers au sud de Verdun, le 173ème et 373ème  creuse ses premières tranchées. Sous un orage d’obus ces deux régiments de Corses se soutiennent au coude à coude. Les mêlées à l’arme blanche sont fréquentes. Déjà s’amorcent les prémices de ce que les manuels d’histoire intituleront pudiquement « l’enlisement ».

Un enlisement dans lequel des milliers d’hommes croupissent, piochent et meurent de la Champagne à l’Argonne, des Hauts de Meuse à la vallée de la woëvre .

« Les Eparges », « Le point C », »La fontaine Aux Charmes », « La butte de Vauquois », « La chalade », «Raon l’Etape » ; même bien des années après la guerre, la simple évocation de ces noms de lieux aux funestes consonances inspirera la terreur à ceux qui y ont survécus.

Embourbés jusqu’à la taille, dormant dans de sommaires abris ruisselants aux allures de bauges, les combattants deviennent des sortes de troglodytes aux tenues disparates.

Pour lutter contre le froid, Bonaventure et ses compagnons s’emmitouflent dans des peaux de moutons, se couvrent de toiles de tentes, enfilent des couches de lainages aux couleurs peu militaires, la tête encapuchonnée dans un passe montagne surmonté du calot.

 

16 Décembre 1914

 

Chère fille,

 

Aujourd’hui 16 courant, j’ai reçu ta carte ainsi que celle de Martine ,l’une et l’autre m’ont causé un vif plaisir de vous savoir en bonne santé.

Je suis heureux de faire savoir que j’ai été aux tranchées pendant cinq jours et que j’en suis revenu sain et sauf, tout de même les boches tiraient sur nous, fort heureusement aucun de nous n’a été atteint.

Nous avons tiré sur eux, je ne sais pas s’ils ont été atteints non plus.

Nous y retournerons dans 15 jours, j’espère que notre chance ne sera pas mauvaise à ce sujet.

Il a plu tout le temps, il faisait très froid, mais quoiqu’il en soit j’en suis revenu, aussi bien que mes camarades ; nous sommes revenus bien fiers et en bonne santé.

 

J’ai vu beaucoup de camarades et de parents, entre autres le caporal Peretti de Forci, ainsi que Bariani Tittinu, Sabbiani, Perinetti, Alexandre, Ange Marie ainsi que bien d’autres, tous en bonne santé, ils s’unissent à moi pour faire des compliments affectueux.

J’ai reçu également une carte de commère Félicité et de Jeanne, tu les remercieras pour moi.

J’enverrai une carte à Jeanne et à Dominique et à Marie.

Tu diras à Marie que je n’ai pas encore reçu la paire de chaussettes qu’elle m’a envoyée. J’en ai trois paires mais avec quatre ça va mieux. J’attend aussi de l’argent que sans doute Marie a du m’expédier.

Dans tous les cas tu diras à Marie qu’elle m’en voit.

 

J’ai changé de garnison mais tout de même nous sommes dans la paille et je t’assure bien des compliments à vous les parents de Carticasi, sans les nommer tous.

Au moment ou j’écris cette lettre, je reçois celle de Lucie qui vient de Ponticchio et celle de ton oncle J. Charles, je les remercie beaucoup et je leur souhaite à tous une bonne santé.

Tu peux lire ma lettre à ton oncle J.Charles dans ce cas il aura de mes nouvelles en attendant que je lui fasse une lettre demain car aujourd’hui j’ai peu de temps, d’ailleurs je n’ai pas de carte à mon goût, mais je m’en procurerai de jolies.

Est-ce que ta mère est toujours à la plaine et Lucie aussi ? Si elles sont là bas tu leur enverras cette lettre.

Bien des amitiés à ma commère Marie Dominique et à sa famille sans oublier ma marraine jea mattea, l’oncle Dominique et sa famille.

Qu’il fait bien froid ou nous logeons, dans 15 jours nous allons repartir pour les tranchées, ne vous faites pas de mauvais sang à ce sujet car on ne meurt pas avant l’heure, et puis on ne doit mourir qu’une fois.

En attendant de vos bonnes nouvelles je termine et te prie d’embrasser pour moi toute la famille et je me dis ton père affectionné.

 

B. RENUCCI

 

 

Probablement une réponse à une carte de ……Xavière ?

 

 

 

 

En janvier 1925, le 373ème tient les positions notamment de Raon l’Etape dans la bourasque cyclique des tirs de pièces lourdes allemandes. Cet hiver s’annonce sibérien. La température descend à moins 20 degré.

Ce soir du 21 janvier, Bonaventure, sachant qu’il allait être relevé et partir en zone de repos, se porta volontaire pour prendre le tour d’un compatriote fiévreux. Arrivé à son poste,  avec ses hommes, ils s’installèrent pour rester éveillés en luttant toute la nuit contre l’engourdissement. Confondus dans le même malheur, ils grelottaient sous la pluie.

Cette nuit là, avec une régularité de métronome, la pluie noyait le champ de bataille. A son poste de vigie, solitaire face à l’immensité des ténèbres, Bonaventure veillait, sentinelle perdue dans la coulisses d’une grande bataille. Goutte après goutte, la tranchée se gorgeait d’eau dont le niveau montait inexorablement. Les brodequins trempés, la figure au vent qui le cinglait, Bonaventure, pour rester  un tant soi peu au sec, avait le torse à demi sorti du remblai. Aux aguets et dangereusement exposé, il scrutait le silence de l’obscurité seulement troublé par la toux du guetteur allemand à quelques mètres en face. Soudain un coup de feu éclata ce petit matin du 22 janvier. La balle venait le blesser mortellement à la tête.

Très vite les secours se sont organisés et il fût transporter à l’hôpital civil de Raon l’Etape.

Ce soir du 22janvier à 23 heures, Bonaventure décèdera des suites de sa blessure de guerre.

 

 

Vendredi le 22 janvier 1915

 

Bien chère parente,

 

C’est avec un grand déchirement de cœur et les yeux pleins de larmes que je me permets de vous adresser ces quelques mots.

Nous étions aux tranchées le matin du 20, ce jour même, nous devions être remplacés.

Votre mari Bonaventure commandait une corvée de plusieurs hommes qui construisait une tranchée pour la construction d’un nouveau poste ; lorsque par un malheureux hasard, il fut frappé à la tempe par une balle ennemie ; il tomba grièvement blessé, il fut aussitôt ramassé et avec tous les soins du médecin et des infirmiers, conduit à l’hôpital de Raon l’Etape qui n’était pas loin et vingt heures après, il a succombé par suite de ses blessures.

Il a été enterré dans le cimetière du pays accompagné de tous les honneurs dus à un bon français, une jolie couronne a été déposée sur son tombeau, des discours ont été prononcés, toutes les cérémonies religieuses ont été faites.

J’ai assisté à son enterrement avec beaucoup de mes camarades et vous pouvez être certaine qu’il a été enseveli en bon chrétien.

Cependant j’aurai voulu être auprès de vous en cette circonstance douloureuse pour pouvoir mieux partager avec vous la plus amère des douleurs.

Le sort lui été funeste il est vrai et quoique ce soit une fin glorieuse de mourir au champ d’honneur.

Il a succombé loin de ses parents, ce qui rend la peine plus fort. Il faut se résigner de grand cœur à la volonté de Dieu ; puissent ces quelque mots adoucir vos tourments et être pour vous un vrai soulagement.

 

Adieu ma chère parente, recevez avec mes sincères condoléances, mes meilleures affections.

 

EMMANUELLI D.F

 

 

 

 

 

 

En cet hiver 1914, le village de Carticasi, frileusement accroché dans le haut du Vallerustia, sentait peser sous ses toits, une sourde angoisse. La traduction concrète en était une carte de l’est de la France.

       Une litanie de lieux tels que les Eparges, l’Argonne, ou Craonne s’égrenait sur les pages des journaux et des pieux chapelets des femmes vêtues en deuil.

 

Déjà six mois depuis ce début de boucherie de début de siècle fauchait la jeunesse de l’île regroupés majoritairement au sein de deux régiments d’infanterie dont les chiffres reste à jamais gravé dans la mémoire collective des corses. Les 173ème et 373ème Régiment d’infanterie.

    " Les deux régiments basés en Corse vont partir pour le front : le 173e Régiment d´Infanterie « I Zitelli » et le 116e Régiment d´Infanterie Territoriale « L´Anziani  ». Le premier part dès le début en Lorraine tandis que le second, d´abord chargé de la défense de l´île, partira sur le front français en Tunisie et en Orient".

Par andré2a - Publié dans : genealogie corse
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